Article paru dans Le Figaro du 05.12.2008 :
À Reims, Bayrou dénonce le « sectarisme » du PS
CENTRE
Le président du MoDem effectue toutes les semaines un voyage de deux jours dans une région française.
De notre envoyé spécial à Reims
POUR aller regarder les Français
« les yeux dans les yeux », François
Bayrou n’hésite pas à se coiffer
d’une charlotte et à enfiler une
blouse d’entreprise. Pas forcément
seyant, mais souvent obligatoire,
comme avant-hier, pour aller rendre
visite aux ouvrières de la biscuiterie
Fossier, célèbre pour ses
petits boudoirs roses. C’est le nouveau
défi du président du Mouvement
démocrate : « Aller à la rencontre
des vraies gens sur leur lieu
de travail », comme il dit.
Depuis deux mois, François
Bavrou s’immerge donc deux jours
par semaine dans une région.
L’occasion, pour lui, de (re)tisser
son réseau en vue de 2012. Cette
semaine, il faisait étape à Reims et
dans ses environs. « Moi, j’aime
bien la vie réelle. C’est mieux que les
discours politiciens et autres
manceuvres d’appareil », explique-
t-il, aux ouvrières. « Et je ne dis pas
ça parce que je suis à Reims », ajoute-
t-il, pour mieux se distinguer du PS, qui y exposa ses divisions lors
de son congrès, en novembre.
Démagogique, François Bayrou ?
Il jure que non. « Je n’ai pas
envie de profiterde la crise du PS. Ce
dont j’ai envie, c’est rassembler au-
delà des étiquettes » pour proposer
une alternative en 2012, assure-t-il,
avec gourmandise, un sachet de
marrons chauds en mains, dans les
allées du marché de Noël de la
capitale champenoise.
« Ce n’est pas mon modèle
de société »
L’élection de Martine Aubry au
poste de premier secrétaire du PS
lui est-elle plus favorable que s’il
s’était agi de Ségolène Royal ? Le
président du MoDem botte en touche.
« Ceux qui l’ont emporté l’ont
fait sur un seul thème : celui du sectarisme.
Or, comment imaginer
gouverner la France, si vous ne voulez
discuter qu’avec ceux qui sont de
vos idées. Moi, je choisis le rassemblement
contre tous les sectarismes
», dit-il. Puis il ajoute, cette
fois clairement à l’adresse de Martine
Aubry, qui aux municipales Ã
Lille a fait alliance avec le MoDem
tout en récusant tout accord national
: « Moi, je n’aime pas les gens
qui font une chose et disent son
contraire. » Cette fois, c’est dit.
Officiellement, la venue de
François Bayrou dans la Marne est
un hasard de calendrier par rapport
à la législative partielle dont le
premier tour a lieu dimanche. Son
candidat, Franck Noël, rêve de tirer
profit des divisions de l’UMP. « La
bataille entre Catherine Vautrin et
Renaud Dutreil aux municipales a
laissé des séquelles auprès de la
droite locale », analyse le député
européen centriste Jean-Marie
Beaupuy. Mercredi soir, lors d’une
réunion publique devant deux
cents sympathisants, François
Bayrou s’est, une nouvelle fois,
livré à une charge contre le chef del’État. « Je n’ai aucun contentieux personnel avec Nicolas Sarkozy.
Car je ne peux pas être son ennemi,
parce que je n’ai jamais été son ami.
Même si, dans la crise mondiale que
nous traversons, il a été présent,
pour moi, les retraites à 70 ans, la
prison pour les mineurs à partir de 12 ans, ce n’est pas mon modèle de
société. »
Un peu plus tôt, dans une brasserie,
devant un vin chaud, il racontait,
sur le ton de la boutade, avoir
un jour dit à ses enfants : « Généralement,
les gens commencent révolutionnaires
et finissent ministres.
Moi, j’ai commencé ministre et je
finis révolutionnaire. »
RODOLPHE GEISLER
Article paru dans "Le Parisien" du 5/12/2008 :
IL Y A deux semaines, les socialistes s’y entre-déchiraient. Hier, c’était François Bayrou qui se trouvait à Reims pour soutenir le candidat MoDem, Franck Noël, dans la législative partielle de dimanche. D’emblée, le chef centriste s’attaque à Martine Aubry : « Je n’aime pas l’hypocrisie politique de ceux qui disent une chose et font son contraire », a-t-il lancé lors d’un meeting devant 200 personnes à propos de la nouvelle première secrétaire, portée à la tête du PS « sur une ligne de sectarisme et de fermeture au MoDem »â€¦ Avec lequel, rappelle Bayrou, elle s’était néanmoins alliée aux dernières municipales à Lille.
« Je suis dans l’opposition au gouvernement ! »
« Mes pauvres amis ! Comment imaginez-vous gouverner avec ceux et seulement ceux qui ont la carte du PS ? Il faudra rassembler. En 2012, tous les républicains auront besoin les uns des autres », a-t-il ajouté à l’adresse des socialistes.
Parcourant chaque semaine la « France des PME », le président du MoDem critique donc un PS recroquevillé dont il espère néanmoins séduire les électeurs en 2012. Car il le martèle : « Je suis dans l’opposition au gouvernement ! » Les sujets ne lui manquent pas : travail du dimanche, retraite à 70 ans, réforme audiovisuelle et, dernier « front » en date, l’incarcération des mineurs dès 12 ans. L’idée le révulse : « Madame Dati parle de bon sens. Il y a pour moi d’autres mesures éducatives que la prison pourrissoir où l’on apprend la loi des bandes et des mafias. »
Et pourtant, Bayrou aime bien Rachida Dati : ministre de l’Education nationale, il l’avait recrutée en 1994 comme médiatrice dans l’affaire du voile à l’école… mais personne ne s’en souvient. De même, il assure n’avoir aucun contentieux personnel avec Nicolas Sarkozy : « Je ne peux pas être son ennemi puisque je n’ai jamais été son ami. » Il lui trouve même un certain talent : « Dans la crise il fait moins mal qu’un autre. » Il n’empêche, le plan de relance le laisse perplexe, puisque selon lui le chef de l’Etat « jongle avec les milliards comme s’il en pleuvait ».
Martine Chevalet
Le Parisien